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Club lecture du 26 juin 2010

Ce samedi a eu lieu la dernière édition du Club lecture de la médiathèque pour la saison 2009-2010. Le thème à l’honneur était celui de la nouvelle puisque les deux livres proposés étaient un recueil de nouvelles et une « novella », terme qui désigne un texte plus long qu’une nouvelle mais plus court qu’un roman. La nôtre faisait 77 pages.
 
et autres histoires du bush / Kenneth Cook, ed. Autrement, 2010
 
Kenneth Cook, décédé en 1987, est un auteur très peu connu chez nous et pourtant célèbre en Australie, où l’une de ses œuvres figure dans les programmes scolaires. Les éditions Autrement nous le font découvrir depuis 2006.
La Vengeance du wombat fait partie de la veine « humoristique » de Cook, qui a par ailleurs écrit des romans beaucoup plus sombres (Cinq matins de trop, adapté au cinéma sous le titre « Outback », et A coups redoublés).
Dans La vengeance du wombat, qui fait suite aux aventures du Koala tueur paru en 2009, l’auteur s’exhibe en piètre baroudeur du bush, bien plus effrayé par les hommes et par la faune locale qu’il ne voudrait le paraître. On apprend ainsi que s’il est très mal vu de refuser de partager un verre au troquet du coin il est tout aussi dangereux d’accepter, au vu de toutes les péripéties qui peuvent en découler : paris ruineux, chasses rocambolesques, virées nocturnes catastrophiques… Le narrateur, en homme de bonne volonté, s’applique pourtant à mettre en œuvre les conseils de ses compagnons, n’hésitant pas à se lancer dans la chasse au buffle ou le sauvetage de kangourou en péril. Au fil des textes, il dresse de lui-même un autoportrait plein d’humour et d’autodérision. C’est trépidant, burlesque, cocasse… On rigole beaucoup.
Tout le monde a bien apprécié, même les lectrices qui trouvent habituellement les nouvelles frustrantes car trop courtes. Il faut dire que toutes les nouvelles du volume ont en commun le bush et l’auteur/narrateur. Rien à voir avec d’autres recueils de nouvelles qui regroupent des textes ayant peu ou pas de lien entre eux. Ceux et celles qui souhaitent explorer plus avant l’œuvre cookienne trouveront tous ses livres édités en France à la médiathèque.
 
Aux courageuses et courageux qui s’entêteraient à vouloir aller affronter « pour de vrai » le bush et sa faune sauvage nous ne saurions trop conseiller de se documenter soigneusement à travers quelques livres :

 
Celles et ceux qui ne comptent pas faire le voyage cette année – manque de temps, autres projets en tête – pourront alors savourer tranquillement les mêmes lectures au jardin ou au salon, loin des quokkas tueurs et autres koalas explosifs.
Il serait dommage de quitter l’Australie sans accorder une mention spéciale au Chant des pistes, de Bruce Chatwin, grand écrivain voyageur qui a traîné ses guêtres, entre autres cieux dans le bush et s’est intéressé de près au fameux temps des rêves aborigène.
Enfin, les parents ou grand-parents impatients de partager avec leur progéniture leur passion naissante pour le sympathique marsupial dénommé wombat pourront le faire avec deux albums jeunesse :
-         La sagesse de wombat
 
La Vieille Anglaise et le continent/Jeanne-A Debats, Griffe d’encre éditions, 2008
 
Avec cette novella, l’auteur nous entraîne à la découverte d’un tout autre continent, caché à nos regards, celui des cétacés. Dans ce texte de science-fiction, une vieille dame, scientifique militante sur le point de mourir, choisit de terminer sa vie dans la peau d’un cachalot, son but étant de comprendre quelles menaces pèsent sur les océans. La science-fiction demande une adhésion qui n’est pas évidente pour tout le monde. Au départ, on peut se demander où l’on est. Certaines lectrices ont été gênées par ce qui leur semblait être une invraisemblance insurmontable. L’une d’elle n’a pas eu envie de poursuivre sa lecture. D’autres ont un peu peiné au début puis se sont finalement glissées elles aussi dans la peau du cachalot, jusqu’à s’y sentir, pour certaines, très bien.
Jeanne-A Debats utilise ici l’imaginaire de science-fiction pour faire passer un message et attirer l’attention sur les dégâts provoqués par l’homme sur le milieu marin. Du reste le bilan qui termine sa novella est assez accablant. On peut aussi voir dans ce texte une réflexion assez poétique sur la mort, le choix de son destin, la volonté d’être utile jusqu’au bout à la communauté humaine et animale. C’est une autre dimension qui n’a pas été abordée mais aurait mérité de l’être.
Cette façon de porter un message a été jugée naïve par une lectrice mais globalement le livre a séduit.
Ce fut l’occasion de présenter d’autres livres sur les cétacés et sur les océans que l’on peut retrouver à la médiathèque, dont le très beau Océans d’après le film de Jacques Perrin. Enfin, il eut été dommage de ne pas citer Moby Dick
d’Herman Melville.
 
D’autre part Muriel nous a présenté quelques romans écrits par de jeunes auteures françaises. Il ne s’agit pas de débattre sur l’existence ou la non existence d’une écriture spécifiquement féminine. Mais il lui a semblé intéressant de présenter quelques auteures qui s’inscrivent dans un genre traditionnellement plutôt écrit par des hommes pour des hommes. Il est vrai que ces clivages s’estompent peut-être un peu de nos jours.
Ainsi ceux qui souhaitent découvrir Sylvie Laine, Sylvie Denis, Catherine Dufour et lire d’autres romans de Jeanne-A Debats pourront le faire en empruntant certains de leurs livres achetés ou en cours d’achat à la médiathèque.
 
Pour finir, l’équipe de la médiathèque a souhaité faire le bilan de l’année écoulée. Qu’est-ce qui a plu ou déplu dans l’organisation, les choix, les débats… ? Il ressort des réponses que le principal mérite du club de lecture est de faire découvrir des œuvres très variées, vers lesquelles nous n’irions pas forcément spontanément. Certaines souhaiteraient plus d’analyses. Pour d’autres, plus nombreux, l’intérêt n’est pas tant dans les analyses que dans la variété proposée, garantie en quelque sorte par le fait que plusieurs personnes animent les séances à tour de rôle et font des propositions différentes. Il a donc été convenu de surtout continuer à proposer cette diversité des choix et des genres, en l’ouvrant encore plus.
 
Après le 14 juillet, nous saurons enfin quels auteurs ont remporté les suffrages du club et ceux du public. Ce sera un peu tôt pour savoir avec certitude quel auteur viendra cet automne mais dès qu’un accord aura été passé avec le personnel de la médiathèque, le club et le public en seront informés.
 
D’ici là, bonnes vacances à tous ! Ah oui, j’oubliais, la séance s’est terminée par une proposition de « lectures de vacances » qui seront présentées cet été sur la grille de l’espace Adultes. A vos marques-pages !
 
Eva Bomary
 
 
Pour la route, deux « viatiques » à savourer au bord de la piscine :
Une petite phrase de Colette citée en exergue à la nouvelle formule de la revue Muze, qui fait écho à plusieurs propos de lecteurs et lectrices :
 
« L’heure de la fin des découvertes ne sonne jamais »
 
        Et enfin un court texte de Cortazar, extrait du recueil Nouvelles, histoires et autres contes, Gallimard, 2008 :
 
 
« Le plus difficile est de la cerner, de savoir sa limite, là où elle rejoint la pénombre, au bord d’elle-même. La choisir parmi plusieurs, l’écarter de la lumière que tout ombre respire secrètement, dangereusement. Commencer à la vêtir d’un air distrait, sans trop bouger, sans l’effrayer ou la dissoudre : opération initiale où le néant est tapi dans chaque geste. Les vêtements de dessous, le soutien-gorge transparent, les bas qui dessinent une montée soyeuse vers les cuisses. Elle consentira à tout dans son ignorance momentanée, se croyant encore en train de jouer avec une autre ombre, mais brusquement elle s’inquiétera quand la jupe ceindra sa taille et qu’elle sentira les doigts boutonner le corsage entre ses seins, effleurer le cou qui s’élève et se perd en un sombre jet d’eau. Elle repoussera le geste qui la couronnera d’une crinière flottante à cheveux blonds (ô ce halo tremblant autour de ce visage inexistant !) et il faudra se hâter de dessiner la bouche avec la braise de la cigarette, de glisser bagues et bracelets pour lui donner ces mains avec lesquelles de façon incertaine elle résistera tandis que les lèvres à peine émergées murmurent la plainte immémoriale de qui s’éveille au monde. Il manque encore les yeux qui vont naître des larmes, l’ombre d’elle-même se complétant pour mieux combattre, pour mieux se refuser. Inutilement émouvante quand le même élan qui l’habilla, la même soif de la voir émerger parfaite de l’espace confus, l’entourera d’une jonchée de caresses, se mettra à la dévêtir, à découvrir pour la première fois sa forme que vainement de mains et de prières elle tente de protéger, cédant lentement à la chute dans un éclat de bagues qui raient le noir de leurs lucioles humides. »
 


Clib lecture du 29 mai

Club lecture 29 mai 2010.
 
Avant-dernière réunion du club-lecture avant la pause estivale.
 
Le premier titre, présenté par Fabienne : Fais de beaux rêves, estun roman de Pierre LAGIER édité chez Buchet-Chastel.
 
Journaliste de formation et intervenant en communication, Pierre Lagier n’en est pas à son premier essai puisqu’ il a déjà publié cinq autres romans,
 
Présentation de l'éditeur – Fais de beaux rêves.
Au réveil, la première pensée de Pierre est pour son grand-père. Pensée insistante qui ne va pas le quitter de la matinée. A midi, relevant son courrier, il découvre une lettre... de son grand-père. Etrange ! D'autant que le vieil homme est décédé depuis déjà longtemps. Cette lettre, première d'une série, met en garde son petit-fils sur le sens qu'il est en train de donner à sa vie, et l'incite à profiter du présent. A ce mystère va bientôt s'en ajouter un autre quand Pierre découvre qu'une jeune femme, rencontrée par hasard dans la file d'attente d'un grand magasin, le suit. Intrigué, il décide de mener une enquête qui va changer son destin.
 
Ce court roman a soulevé des avis partagés, même si l’idée originale a beaucoup plu.
A travers la correspondance du grand-père, l’auteur amène Pierre, son personnage à réfléchir sur le sens de sa vie (sa relation amoureuse avec Colombe…).
Des lettres pleines d’humour et de dérision ponctuent le récit et rendent la lecture du livre très facile.
Concernant la rencontre entre Pierre et la jeune femme dans la librairie, certains l’ont vue comme une marque de facilité de la part de l’auteur. D’autres ont trouvé étrange un tel déroulement de l’intrigue. Pourquoi insister autant sur cette rencontre (jusqu’à donner le détail du titre d’un livre) ? Pourquoi ne pas développer d’autres thèmes plus précisément. C’est peut-être la raison pour laquelle le livre ne fait que 140 pages et non 500, a fait remarquer une lectrice !
 
Signalons qu’une bonne impression est ressortie de ce court roman quant aux thématiques abordées : le lien qui reste après la mort d’un être proche, la filiation, la littérature japonaise, les haïkus. Sans oublier les rapports entre les générations qui ont d’ailleurs rappelé des livres déjà présentés dans le club-lecture : Passe un ange noir d’Anne Bragance, La tête en friche de Marie-Sabine Roger… Des thèmes qui ont fait dire à la majorité des lecteurs présents, qu’ils ont passé un bon moment de lecture.
 
* * * * * * * * *
 
La deuxième lecture, proposée par Sylvaine, Fakirs d’Antonin Varenne, n’a laissé personne indifférent. Pour un premier policier présenté au club-lecture, on entre dans le vif du sujet avec un roman noir, très noir, qui plaît ou rebute, c’est selon.
 
Présentation de l'éditeur - Fakirs
« On ne sortait des Suicides qu'à la retraite, par démission, via une dépression ou en finissant soi-même avec son are de service dans la bouche. De ces options, toutes étaient souhaitées à Guérin, dans un ordre variable. Mais celle que personne n'avait envisagée était qu'il s'y sente comme un poisson dans l'eau. C'était arrivé. Résultat, le lieutenant Guérin flanqué de son stagiaire, Lambert - avait ajouté à la haine de ses collègues la répulsion viscérale qu'inspirent les pervers, lorsque, plongeant dans ce qui répugne à tous, ils semblent s'y régaler. » Ailleurs en France, au bord d'une rivière, John Nichols, un Franco-Américain installé dans un tipi, est convoqué à la gendarmerie de Saint-Céré. Là, on lui apprend la mort de son ami américain, Alan Mustgrave, intervenue alors qu'il s'écorchait en direct sur une scène du Paris underground, fort cotée pour ses spectacles sado-maso. Soif de pouvoir, suicide, torture... On rit pourtant, jaune ou noir, c'est selon. L'auteur ne nous laisse aucun répit, et nous dépeint, en prime, de magnifiques personnages.
 
Mais plus qu’un polar, on parlera davantage d’un roman noir. Une lectrice passionnée du genre, nous l’a confirmé ainsi : « dans le schéma du polar, l’auteur retombe toujours sur ses pieds». Or, dans Fakirs, la multitude de personnages, le télescopage des histoires viennent brouiller le fil de l’intrigue. Certaines zones restent dans l’ombre, la fin du roman ne nous donne pas plus d’explications.
 
Pour d’autres au contraire, ce sont justement tous ces éléments imbriqués, qui font la richesse du roman. Roman qu’on  peut lire plusieurs fois tant l’intrigue est complexe mais à la fois cohérente dans son déroulement. La comparaison a été faite avec Fred Vargas (éditée également chez Vivianne Hamy) pour le choix de personnages marquants et la façon de les faire vivre.
 
En présentant ce roman, Sylvaine a voulu porter notre attention sur la nouvelle vague des auteurs de polars français, qui se distinguent par leur originalité d’écriture et la qualité de leurs intrigues.
A lire dans la même veine sombre : Caryl Ferey (Zulu, Haka, Utu…), Antoine Chainas (Anasthesia…), D.O.A (Citoyens clandestins) …
 
 
Lucien Jorel
 
 
 
 
 
 
Les coups de cœur des lecteurs
 
 
Le douzième imam est une femme ? Fariba Hachtroudi, éd. Koutoubia, 2009 - R HAC (Gibjoncs)
La nuit du monde, Patrick Roegiers, Seuil, 2010 - R ROE
La blessure et la soif, Laurence Plazenet, Gallimard, 2009 – R PLA
 
 
 
 
 
 
 
Le samedi 26 juin,
c’est le dernier rendez-vous de l’année,
le choix de l’auteur invité est ouvert.
Une urne est mise à votre disposition
pour recueillir vos votes.
 (Étagère du club-lecture – 1er étage)
Ouvert à tous. Clôture des votes, le 14 juillet.
Plus de renseignements, à l’accueil de l’espace adultes.
 
 
 
 
 
 
 
La tête en fricheau cinéma !
 
L’adaptation par Jean Becker
du roman de Marie-Sabine Roger est dans les salles…
Une autre façon de retrouver Margueritte et Germain !
 
 
 
 


rencontre avec Pierre Lagier

 

   
 
LAUREAT DU CLUB-LECTURE 2010
Rencontre dédicace avec l'auteur
à la médiathèque
vendredi 26 novembre dès18h30
salle Jacques Prévert
séance gratuite et ouverte à tous
 
 



club lecture du 24 avril 2010

 
Retour sur le club-lecture du samedi 24 avril. Moins de monde en ce samedi printanier, 
mais de nombreux commentaires et des avis contrastés !
 
 
Le baby-sitterJean-Philippe Blondel : Le baby-sitter, Buchet Chastel, 2009, (R BLO) présenté par Isabelle.
Jean-Philippe Blondel écrit sur les vies ordinaires, les situations du quotidien, sur des personnages que nous pourrions croiser, connaître. L’immersion dans cet univers familier a intéressé la plupart des lectrices (où furent passés les lecteurs !?) chacune se retrouvant à un moment ou un autre dans la peau des personnages.
Toutes ont reconnu la fluidité de l’écriture, la facilité à tourner les pages du roman.
Tout comme le plaisir à suivre le jeune et sympathique Alex dans sa naïveté d’adolescent et dans le cheminement de plus en plus consistant de ses réflexions. Véritable parcours initiatique pour Alexqui devient sans trop le savoir un révélateur chez des adultes bien tourmentés. Un élément fédérateur. En effet, comme l’a soulevé une lectrice, au milieu de tous ces adultes, Alex apparaît comme le seul élément stable, qui prend les choses en main et crée du lien entre eux.
Si toutes les lectrices sont très vite entrées dans l’histoire, certaines en sont sorties vers les dernières pages. Si la fin du roman a plu aux unes par sa conclusion optimiste et légère, elle est apparue bien superficielle voire incompréhensible aux autres. Comment croire, selon ces dernières, à un dénouement aussi simple. Peut-être faut-il y voir le regard candide d’un adolescent qui veut y croire ?
C’est précisément à ce moment là de l’histoire que les avis divergent : dès lors que les adultes prennent la parole pour parler d’eux-mêmes et d’Alex. Une lectrice a dit regretter l’intrusion de ces différentes voix, brisant le processus romanesque. Voix peu crédibles, car trop indistinctes les unes des autres. Comme si finalement c’était la voix de l’auteur que l’on entendait plutôt que celles de ses personnages. C’est pourquoi certaines lectrices se sont senties perdues, un peu agacées même de ne savoir qu’au bout d’un moment qui des personnages prenait la parole. Peut-être auraient-elles souhaité rester en compagnie d’Alex jusqu’au bout du récit…?
Pour conclure, on dira que Le Baby-sitter fait partie de ces romans qui font du bien. L’humanité qui s’en dégage fait écho à nos propres questionnements, d’adolescent, d’adultes, sur ces fameux « liens que l’on tisse ». Une humanité exprimée sur le mode de l’affection qui jamais ne glisse dans la mièvrerie. Un roman enfin où chaque personnage sort grandi parce qu’il a su, à un moment donné, écouter l’autre et s’écouter soi-même en acceptant les changements que cela implique.
 
BlogBlog, c’est le titre du dernier roman de Jean-Philippe Blondel,
où nous sont dévoilées les confidences
d’un jeune ado et d’un adulte. 
 
En rayon à l’espace
Chemin de Traverse.
AR BLO
 
 
 
 
 
 
Les derniers de la rue de PontyAvis plus contrastés avec le roman de Sérigne M. Gueye, Les derniers de la rue Ponty, présenté par Fabrice.
Choisi pour son évocation très personnelle donc bien éloignée des clichés « exotiques » sur l’Afrique, ce premier roman nous présente le Sénégal à la manière d’une fable contemporaine. Serigne M.Gueye, alias Diziz la Peste, fait ici une peinture sans concession de la société dakaroise, sa terre d’origine. Une plongée dans les abîmes de la rue Ponty, dans le tumulte de parcours de femmes que Gabriel, « l’ange qui n’a pas d’ailes », a pour mission de sauver…
« C’est toute l’énergie de l’Afrique que l’on retrouve dans ce livre », a déclaré une lectrice enthousiasmée ! « Le roman offre de purs moments de poésie. Il se dégage de l’écriture une musicalité et des couleurs magnifiques ! » .
Une vision poétique donc, mystérieuse qui a conquis la plupart des lectrices qui se sont laissées bercées par les mots du récit « qu’on a envie de lire à voix haute ».
 
L’originalité de la construction du roman – courts passages qui s’intercalent entre les chapitres – a été reconnue par la plupart des lectrices. Mais si certaines y ont vu des parenthèses poétiques percutantes pour dénoncer la situation du Sénégal, d’autres ont été gênées par ces « digressions » pour repartir non sans mal dans l’histoire proprement dite.
 
Tout cela, au détriment de l’intrigue devenue alors confuse. Certaines questions se sont posées : le héros est-il blanc ? Est-il noir ? Quel est le message de l’auteur ? S’agit-il d’une quête d’identité ? D’une dénonciation ? Que signifie cette rédemption ?
Autres remarques faites par les non convaincues : la dimension fantastique, voire mystique du roman ajoute une note floue à l’histoire, « on ne croit pas à ce personnage », ont dit certaines, « parce qu’il est mort moralement, mais présent physiquement… ». Une contradiction que l’on cherche à élucider au fil des pages, là encore au détriment de l’intrigue.
Il n’en demeure pas moins que toutes ont reconnu derrière les maladresses d’un premier roman, une écriture émouvante et sincère, élégante et prometteuse.
Finalement, en deçà de l’unité fragile de ce roman, ce que l’on en retiendra c’est l’énergie qui s’en dégage, les ambiances si bien rendues et les portraits magnifiques des personnages. Des images, en somme, aux couleurs contrastées, que l’on garde en mémoire.
 
 

LES COUPS DE COEUR DE CE SAMEDI 24 AVRIL

 

Caravane, Jorge Zentner - La Boîte à bulles, 2009 - BD ZEN

Un jour, un chien, Gabrielle Vincent - Casterman, 2006 (album) - VIN

Elsa B, Thierry Gloris - Quadrants azimut, 2009. Titre général : Malgré nous ; BD GLO [1]

Le ventre de l'Atlantique, Fatou Diome - A. Carrière, 2003 - GCR DIO (gros caractères)

L'empire de Monsieur Joseph, Fabien Nury, Sylvain Vallée - Glénat, 2007. Titre Général : Il était une fois en France ; BD NUR [1]

Jocaste reine, Nancy Huston - Actes Sud, 2009 (théâtre) - TH HUS



Club de lecture du 27 février 2010

Les deux romans proposés cette fois-ci, bien que très différents, avaient au moins un point commun : tous deux évoquaient une résistance contre l’oppression, un combat pour la liberté.
 
MissakMissak rapporte, par le biais du roman, la lutte de Missak Manouchian et de ses compagnons de l’Affiche rouge contre l’occupant nazi. Dans les années 50 une rue va être baptisée du nom de Missak Manouchian. Pour l’occasion, Aragon écrit le célèbre poème Strophes pour se souvenir.
 
Mais avant la cérémonie, le parti communiste diligente en grand secret une enquête pour s’assurer de l’entière probité des résistants exécutés. C’est l’occasion, pour l’enquêteur et pour le lecteur, de rencontrer des résistants ayant connu les victimes et de découvrir l’histoire du PC de l’époque. Des personnages célèbres sont évoqués (Aragon, Charles Tillon, Maurice Thorez, Jacques Duclos) et permettent de mieux comprendre les doutes et déchirements internes du parti.
 
La plupart des lecteurs ont trouvé intéressante la façon dont Daeninckx nous fait entrer dans l’Histoire. L’enquête permet un regard distancié des évènements. On découvre peu à peu, à travers des témoignages, la riche personnalité de Missak, sa détermination et son énergie. Mais on découvre aussi en parallèle, à travers le quotidien de l’enquêteur, la réalité de l’après-guerre.
 
Certains ont noté par moments un relâchement dans l’écriture. L’auteur a peut-être voulu introduire des pauses qu’ils n’ont pas jugées nécessaires. D’autres les ont appréciées au contraire. Enfin l’autre reproche fait à l’auteur est de donner trop de descriptions qui nuisent au déroulement du récit.
 
Il n’en reste pas moins que Daeninckx met ici en valeur un épisode douloureux de l’Histoire, au cours duquel des étrangers ont combattu pour un pays qui symbolisait à leurs yeux la liberté. Rien d’étonnant de la part d’un auteur qui, se basant toujours sur des faits historiques précis, revisite régulièrement les périodes délicates de l’Histoire de France, y compris dans ses romans policiers :
 
En cela, il s’est acquis une place incontournable dans le roman policier français, le renouvelant en lui donnant une portée et une puissance d’expression qu’il n’avait pas jusqu’alors.
En un temps où il fut fortement question de définir une identité nationale, Daeninckx apporte une pierre à l’édifice de la mémoire.
 
Quelques pistes pour ceux qui souhaiteraient approfondir :
              L’affiche rouge, film de Franck Cassenti               DVD CAS
              Le tombeau de Tommy, roman d’Alain Blottière    R BLO
L’année du crime, film de Robert Guédiguian qui devrait bientôt être empruntable à la médiathèque.
 
Avec Robert Saviano, changement de décor et d’époque. Le contraire de la mort nous emmène en Italie,Roberto Saviano dans un village de la région de Naples, de nos jours. Le livre est composé de deux nouvelles. La première, qui donne son titre au recueil, raconte l’histoire d’une jeune « veuve ». Son fiancé, engagé volontaire, est mort au cours d’une embuscade en Afghanistan, à quelques semaines de son retour et de leur mariage. Le noir du deuil remplace alors le blanc de la noce et la jeune fille voudrait se voiler de la tête aux pieds, comme le font les afghanes, pour cacher sa tristesse. La voici réduite au rôle de Cassandre, sollicitée par d’autres jeunes filles, dans la même situation pour tempérer leurs inquiétudes : qu’a fait le jeune soldat pour en arriver là et surtout que doivent faire leurs fiancés pour éviter la mort ? Le narrateur la rencontre et raconte son histoire au fur et à mesure qu’elle se confie à lui.
La deuxième nouvelle, La bague raconte l’histoire de jeunes hommes prisonniers d’une autre guerre, celle de la mafia. C’est cette guerre-là que voudrait expliquer le narrateur à une jeune fille du nord de l’Italie. Ces croix commémoratives qu’elle aperçoit au bord des routes indiquent, comme elle le pense, des endroits où sont morts des résistants. Mais contrairement à ce qu’elle croit ces résistants ne sont pas morts sous les coups des nazis mais victimes de la mafia. C’est ce qui est arrivé à deux adolescents, attablés à une terrasse avec une de leurs connaissances condamnée par un clan mafieux. A défaut de pouvoir tuer l’ennemi désigné, les assassins ont abattu ses copains. Il n’est pas de neutralité possible là où être vu en compagnie d’un « ennemi » équivaut à une condamnation à mort. Tout comme, dans cette société fermée, une jeune fille qui ne porte pas de bague de fiançailles appartient potentiellement à tous ceux qui la convoitent.
Certains ont vu dans ce double récit deux parties sans lien et un défaut de structure. L’écriture a pu être ressentie comme trop sobre, trop journalistique. Paradoxalement l’excès de pathos a gêné. La scène de l’assassinat des deux adolescents a paru trop forte ou appuyée.
D’autres ont été émus au contraire par ces récits et une écriture jugée à la fois sobre et puissante. Ils y ont vu, alliés à la pudeur et à la simplicité, une grande justesse et de la force. Lorsque Maria parle, par exemple, nous sommes loin d’une écriture journalistique. Elle fait plutôt penser à un personnage de la tragédie grecque, petite sœur moderne d’une Antigone qui refuse d’oublier et redonne ainsi un sens à sa vie. Sœur également de millions de femmes endeuillées par la guerre, dans des conflits qui nous semblent lointains.
 
Deux textes sur la résistance, donc, dont l’un dénonce une situation tout-à-fait actuelle et proche géographiquement. Une belle leçon de courage, aussi, de la part de Saviano sur qui pèse les menaces de mort de la mafia depuis le succès de son livre précédent Gomorra.
 
Le roman peut être une façon de regarder le monde. Mais il en est d’autres qui, actuellement, sont intéressantes et sortent des voies journalistiques habituelles. Cette séance fut l'occasion de présenter :

- Joe Sacco, invité d’honneur au dernier Festival de la bande dessinée d’Angoulême, revisite «  les marges de l’histoire » dans Gaza 1956 pour lui rendre sa dimension humaine et éclairer le présent.

- La revue XXI qui à rebours du zapping médiatique ambiant, aborde l’actualité à travers des dossiers de fond, des enquêtes de terrain et des rencontres et utilise aussi le photo-reportage et la bande dessinée.
 
Pour terminer, quelques coups de cœur de lectrices :
      Le constat / Davodeau              le constat                         BD DAV
    
Où roules-tu petite pomme ? 
 
 
 
 
 
Où roules-tu petite pomme ? / Leo Perutz      R PER
    
 
 
 
 
 
 
 
 
La joueuse de go / Shan Sa          la joueuse de go                    R SHA
      
 
 
Bashô, le fou de poésie
 
 
 
 
Bashô, le fou de poésie / Frédéric Clément       AA KER
 
 
 
 
 
 
 
  
 Paris insolite
Le mien : Paris insolite / Jean-Paul Clébert       R CLE
 
 
 
 
 
 
 
 
Et, enfin, un « anti coup de cœur » (C’est le premier !) :
La librairie des ombres / Mikkel Bukegaard ; il sera bientôt disponible à la bibliothèque des Gibjoncs. Chacun pourra donc l’emprunter et se faire sa propre opinion…On en reparle bientôt ?
                                                            
 
                                                                     Eva Bomary

 



Club lecture du 23 janvier 2010

Pour commencer la nouvelle année en douceur, nous avions proposé :
 
Une bande dessinée de Séra : Mon frère, le fou (Futuropolis, 2009)
Et un album : La fille des batailles, de François Place (Casterman, 2007).
 
 
François Place est sans doute plus connu des jeunes lecteurs que de leurs aînés. Pourtant, s’il illustre beaucoup de livres jeunesse, une part de sa production personnelle peut intéresser aussi bien les adultes. « La fille des batailles » en est un exemple. L’histoire se passe dans la France de Louis XIV. En trente courts chapitres alternés avec trente images, ce sont trente années d’aventures qui défilent. La langue est rythmée et colorée. Pour les illustrations – aquarelles et encres de Chine- l’auteur s’est inspiré de Watteau et des peintres flamands du XVIIème siècle.
Les lecteurs ont dans l’ensemble apprécié le livre mais le débat a, de fait, porté plutôt sur la question de savoir à qui s’adresse ce genre d’ouvrages. Pour beaucoup, qui dit album dit livre pour les enfants. Mais qu’en est-il de ces albums dont le texte est long ou l’histoire trop complexe pour être lue par de jeunes enfants ?
En bibliothèque, on connaît bien la problématique : comment provoquer la rencontre entre ces livres un peu atypiques et les lecteurs, de tous les âges, qui pourraient les apprécier ?
Plusieurs personnes ont dit avoir envie de lire « La fille des batailles » à leurs petits enfants. Et il semble bien qu’effectivement, ces livres ont souvent besoin d’une médiation. Pas faciles, donc, à transmettre, mais quel bonheur de partager un temps de lecture commun avec un enfant ou simplement de faire découvrir une belle histoire, courte, dense et bien illustrée, à un ami.
A la Médiathèque, les albums pour « grands » sont proposés dans le rayon Chemin de traverse, pas très loin des BD, à côté des fauteuils verts. Et si, par un bel après-midi pluvieux, l’envie vous prenait d’explorer le rayonnage… n’hésitez surtout pas !
A ceux qui voudraient poursuivre la « piste » des albums de François Place, quelques titres :
Les Derniers géants (AR PLA et JA PLA)
Grand ours (JA P)
Enfin, pour les irréductibles du format roman, François Place vient de sortir son premier roman sans images : «La Douane volante », bientôt dans nos rayons.
 
 
Séra, tout cambodgien d’origine qu’il est, connaît suffisamment la Bretagne pour en être un digne ambassadeur dans cet album plein d’embruns, de brumes et de nuit. L’histoire se passe à Audierne, capitale française de la pêche au bar. Un drame familial passé sépare deux frères, dont l’un, le « mal-aimé », trouve refuge dans l’alcool et la violence et pourrait passer pour fou. A moins que le fou ne soit aussi son double, ce bel oiseau marin qui indique aux pêcheurs où ils doivent jeter leurs filets. En tous cas l’arrivée de la belle Flore ne va pas calmer les esprits. Réussira-t-elle à faire du fou son ami ?
Séra fait preuve d’une grande maîtrise, tant du dessin et des couleurs que de la mise en page, superbe, sans cesse renouvelée. Son talent met en valeur une histoire où l’homme affronte la nature avec courage mais sans la soumettre jamais.
Là encore, ce n’est pas tant l’histoire elle-même qui a retenu l’attention des lecteurs, même si elle a su séduire. « Mon frère, le fou » a été surtout pour certains l’occasion de découvrir que l’univers de la bande dessinée ne se borne pas à la fameuse « ligne claire » d’Hergé ni à de « gentilles » histoires destinées aux (petits et grands) enfants. Elle sait aussi rendre compte des complexités de l’âme humaine, provoquer le rire et les larmes aussi bien que le feraient les 500 pages d’un roman.
Ce fut l’occasion d’évoquer aussi la réelle difficulté de lecture rencontrée par certains, malgré leurs efforts. On peut être, en effet, un excellent lecteur de romans et avoir toutes les peines du monde à mener de front la lecture des bulles et celle des images, l’une prenant le pas sur l’autre ou rendant la compréhension de l’histoire laborieuse.
Cela, on n’en parle pas souvent. C’est un mal dont souffrent sans doute plus les personnes à qui l’on a seriné, dans leur enfance, que les bandes dessinées n’étaient pas une lecture digne de ce nom, les privant ainsi de l’apprentissage de cette gymnastique de lecture bien spécifique. A ceux-là, surtout s’ils se sentent, à juste titre, un peu frustrés de ne pas pouvoir aborder sereinement le vaste continent de la bande dessinée, je ne dirai qu’une chose : persévérez ! Le jeu en vaut la chandelle, d’autant que le média évolue et est devenu, depuis quelques années, un moyen intéressant de découvrir le monde dans lequel nous vivons et son Histoire. Il n’y a sans doute jamais eu une aussi grande diversité de graphismes, de sensibilités, de thématiques et de genres qu’aujourd’hui.
Enfin, aux enfants dont les parents tenteraient de faire croire que la lecture de BD n’est pas une « vraie » lecture, un conseil : dites-leur d’essayer pour voir ! Il y a fort à parier qu’ils auront du mal à transformer l’essai. Alors, quand on n’est même pas capable d’apprécier une bonne BD…
Quelques pistes :
Rébétiko / David Prudhomme     (BD PRU)
Martha Jane Cannary / Mathieu Blanchin    (BD BLA)
Matteo / Gibrat (BD GIB)
L’orchestre des doigts / Osamu Yamamoto (BD YAM)
 
La Bibliothécaire de service                               

Eva Bomary

 

 


Club-Lecture : vous y-étiez ?

Le rendez-vous de ce samedi 12 décembre a été l'occasion de faire le point sur le fonctionnement du club lecture. Remarques émises par les lecteurs, nouveaux réajustement par les bibliothécaires...

 

 

  • Proposer un compte-rendu papier des séances à la disposition.
  • Favoriser la rotation des livres en limitant la durée de la réservation à 24h.
  • Développer les échanges en partageant nos avis de lectures sur le portail de la médiathèque ainsi que Chermedia, (voir aussi le site Libfly la bibliothèque communataire des particuliers).
Né il y a un an, ce blog constitue le premier réseau socio-culturel départemental issu d'un réseau de lecture publique.

Formidable espace ouvert d'échanges et de partages pour les bibliothécaires du Cher, cette plate-forme est aussi un remarquable média participatif pour tous les acteurs culturels du département. Les curieux peuvent l'alimenter de leurs commentaires, voire s'inscrire, en seulement deux clics et faire partie du réseau.

Pour en savoir plus : rendez-vous le samedi 30 janvier dès 15h, en salle Jacques Prévert, pour une présentation publique de Chermedia, par la Direction de la Lecture Publique du Cher, suivie d'un atelier (comment insérer un commentaire, comment s'inscrire...)





Echanges autour de deux romans

 

L'annonce, Marie-Hélène Lafon. - Buchet-Chastel, 2009. 195p. R LAF, proposé par Fabienne

Bonheur fantôme, Anne Percin. - Rouergue, 2009. 219p. R PER, proposé par Isabelle

 

L'annoncePrésentation de l'éditeur - Eric savait par coeur certaines annonces choisies, Célibataire quarante-quatre ans un mètre soixante-sept soixante-neuf kilos sans enfants chauffeur agriculteur cherche jeune femme aimant campagne voulant fonder un foyer heureux désirant enfants ; ou encore, Cherche compagne cinquante soixante-deux ans féminine (bien bustée) sans attaches pour vie alternée Paris campagne. Paul, quarante-six ans, paysan à Fridières, Cantal, ne veut pas finir seul. Annette, trente-sept ans, vit à Bailleul dans le Nord avec son fils. Elle n'a jamais eu de vrai métier. Elle a aimé Didier, le père d'Eric, mais ça n'a servi à rien. Elle doit s'en aller. Recommencer ailleurs. Elle répond à l'annonce que Paul a passée. Ce nouveau roman de Marie-Hélène Lafon raconte leur rencontre et leur histoire. C'est une histoire d'amour.

Avis contrastés, voire opposés !

Queques personnes ont eu des difficultés à rentrer dans l'histoire, gênés par le style littéraire de l'auteur. L'absence de ponctuation a rendu la lecture pénible pour certains. D'autres ont vu des procédés d'écriture dans la tournure des phrases ainsi que dans le choix du vocabulaire. Un style recherché, en contradiction avec la simplicité du contexte. un récit ennuyeux.

Heureusement, ces remarques étaient ponctuées de nuances et l'intérêt pour l'histoire majoritairement partagé. Certains ont comparé son écriture à celle d'Alice Ferney.

Il est toujours intéressant d'échanger les différentes interprétations d'une lecture et de relever les échos qu'elles peuvent éveiller en chacun de nous.On notera en effet que pour la plupart, le récit a fait mouche. Les mots de Marie-Hélène Lafon pour décrire cette vie sonnent juste : un milieu frustre , avec l'accent mis sur l'aspect banal et répétitif du quotidien. Pas de fioritures, pas de dialogues, pas d'effusion sentimentale. Nous sommes loin de la caricature et du folklore. Un style en conformité avec l'univers âpre et fermé qui entoure les personnages. Cet équilibre apporte dès lors une fluidité au récit. Un récit empreint d'une humanité toute en finesse et en pudeur qui a touché de nombreux lecteurs.

Pour rester dans l'ambiance, Fabienne nous invite à parcourir le magnifique ouvrage du photographe Raymond Depardon, La terre des paysans, Seuil, 2008.

Présentation de l'éditeur - A 28 ans, Pierre a tout quitté du jour au lendemain pour aller vivre à la campagne. Tout, c'est-à-dire Paris, ses études, le milieu de la mode... Dans ce coin très vert, un peu paumé, il soigne ses chiens et son jardin, ramasse des vieilleries et les vend, tout en entamant la biographie d'une artiste animalière du XIXe siècle, Rosa Bonheur, la bien nommée. Avec pudeur, ironie, parfois provocation et pas mal de drôlerie, Anne Percin dévoile les secrets de ce jeune homme à la beauté féroce. Des fantômes, vivants ou morts, le hantent. Ainsi qu'une très grande histoire d'amour dont il a cru se préserver...Un premier roman débordant de vie et d'intelligence.
 

Magnifique...ont dit d'une seule voix les lecteurs ! Une grande histoire d'amour qu'une femme - Anne Percin - a su si bien décrire en endossant un personnage masculin.

Eloge du contraste, du paradoxe qui définissent bien la personnalité de Pierre, le personnage du roman. Intellectuel au grand coeur, amoureux de la nature, solitaire mais pas ours, on prend dès le départ plaisir à le suivre dans son univers. Même si, au fil du récit, on quitte le ton badin des premiers chapitres, cettte retraite radicale attise notre curiosité. pourquoi ces doutes, cette peur qui le hantent, cette fuite en avant / en arrière ?

Loin de l'agitation de la vie parisienne, Pierre décide le retrait. Un dépouillement d'abord hésitant, maladroit, mais vécu comme une nécessité, pour affronter les fantômes d'un bonheur enfoui, ou redouté.

L'art d'Anne Percin est de nous emmener sur ce territoire mais par des chemins détournés. Disgressions souvent drôles, conduisant Pierre à des questionnements sur sa propre vie, nous entraînant sur les pas de Rosa Bonheur, cette artiste d'un autre temps, qui lui inspire de belles réflexions. Voir aussi tous ces détails et anecdotes du quotidien de Pierre, flirter allègrement avec des références philosophiques et des envolées sentimentales pertinentes. 

Tout en finesse et en sincérité, l'auteur n'oublie pas de recentrer son personnage sur la trame du récit dont on pressent l'issue heureuse.

On l'aura compris, Pierre est un personnage très attachant, parce que très crédible aussi. Il faut dire que son auteur le connaît sur le bout des doigts.... c'est déjà lui que l'on retrouvait dans son roman écrit pour la jeunesse Points de côté (Thierry Magnier, 2006).

En s'adressant aux adultes, ce premier roman va plus loin dans les confidences. S'il ne privilégie pas les scènes d'actions, le récit, n'en demeure pas moins habité d'une vie ardente, sourde mais de moins en moins contenue. Une vie qui va, palpitant et que Pierre va parvenir à saisir. Sans effroi.

 

Retrouvez Pierre Mouron et son auteur,

sur le blog d'Anne Percin

http://percin.blogspot.com 

 

 

Coups de coeur des lecteurs

Et le jour pour eux sera comme la nuit / Ariane Bois.- Ramsay, 2009. R BOI (Gibjoncs)

Hors champ / Sylvie Germain.- Albin Michel, 2009. R GER

Je suis une vieille coco ! / Dan Lungu.- J. Chambon, 2008. R LUN

La Femme en vert / Arnaldur Indridason.- Métaillé, 2006. R ARN

La Ferme des concombres / Patrick Robine.- La Table ronde, 2009. H ROB

Oscar et la dame en rose / Eric-Emmanuel Schmitt.-Le Grand livre du mois, 2003. R SCH


 

Lectures proposées pour le prochain club lecture

 mon frère, le fou

 

 la fille des batailles

 

 

 

Rendez-vous le samedi 23 janvier à 10h15

 






La rencontre avec Marie-Sabine Roger

 

retour sur la rencontre avec Marie-Sabine RogerExcellent retour ! La plupart des 27 personnes personnes présentes ce matin étaient là aussi pour la venue de Marie-Sabine Roger. Nombreux ont étoffé le buffet de clôture de rejouissances salées ou Marie-Sabine Rogersucrées. L'équipe de la médiathqèue tient à les remercier pour leur chaleureuse participation.

Tous étaient ravis ! Tous ont apprécié la qualité d'intervention de la romancière qui s'est prêtée avec gentillesse et pendant près d'une heure trente aux questions de Fabienne et du public. Quel plaisir d'apprendre comment sont nés Margueritte et Germain, ces deux personnages a priori que tout oppose. D'ailleurs, c'est bien ce que dénonce l'oeuvre de Marie-Sabine Roger : les a priori. Ces petites choses sournoises, filles de la peur et de l'ignorance qui enferment les individus dans des cases sans fenêtres, qui les divisent au lieu de les faire se rencontrer. Sa production littéraire, principalement orientée vers la jeunesse parle aussi de cela, des préjugés que l'on acquiert déjà très tôt et de l'intérêt à s'en débarrasser pour ne pas passer à côté de l'essentiel.

C'est sans doute pour cela aussi que l'on aime La tête en friche, parce que la rencontre s'est faite, que de différences est née une belle histoire, parce qu'elle fut donc possible !

Le public